En prenant officiellement ses fonctions, le nouveau PDG de Sonatrach s’est efforcé, à travers son discours, de coller aux objectifs impartis.

Le nouveau PDG de Sonatrach aura-t-il les coudées franches et la longévité managériale suffisante pour appliquer, contrairement à ses nombreux prédécesseurs, la nouvelle stratégie ambitieuse dont il a déroulé les principaux fondements lors de son installation, dimanche, à la tête du groupe énergétique national ?

La question s’impose, d’autant que le nouveau patron de Sonatrach est nommé dans une conjoncture difficile, en pleine incertitude politique et économique, simultanément à l’adoption controversée de la loi sur les hydrocarbures qui soulève depuis des mois des interrogations quand à l’opportunité de sa promulgation par une instance politique intérimaire.

L’Exécutif, dont les jours sont comptés, s’est empressé de faire valider un nouveau texte régissant le secteur de l’énergie, sous prétexte que la nouvelle assise juridique est «nécessaire pour attirer des investissements étrangers (…) et restaurer l’attractivité du domaine minier national».

Selon le ministère de l’Energie, «cette action présente un caractère urgent vu la situation de nos réserves, les prévisions de production à long terme et les délais incompressibles pour concrétiser de nouveaux projets». Un argument contredit par le dégommage impromptu du manager du groupe Sonatrach, à qui incombe justement le rôle d’appliquer la loi et de faire fructifier des partenariats porteurs pour le secteur et pour l’économie nationale.

L’instabilité managériale de Sonatrach est, sans conteste, un facteur de déstabilisation et un frein à l’investissement étranger, dont les détenteurs ont besoin de nouer des relations de confiance et de compter sur la durabilité de la vision et de la stratégie de l’entreprise partenaire.

Or, la «précarité» qui dure depuis des années au sommet de Sonatrach n’est pas pour rassurer les partenaires étrangers, qui décrient déjà l’instabilité juridique et jaugent avec prudence la conjoncture politique et économique prévalant dans le pays.


Comme le souligne l’ancien PDG de Sonatrach, Abdelamdjid Attar, dans une déclaration à la Radio nationale, «Sonatrach ce n’est pas un problème de PDG, mais un problème de stabilité». Pour l’expert pétrolier, «l’instabilité dans l’encadrement au sein de Sonatrach est plus important que la stabilité de la loi elle-même».

En l’absence de diversification économique, Sonatrach sous pression

C’est dans ce contexte très complexe et en pleine controverse autour de la loi sur les hydrocarbures que le nouveau PDG, Kamel Eddine Chikhi, prend ses fonctions. Sa mission est d’autant plus difficile que le gouvernement attend de la compagnie nationale Sonatrach qu’elle fasse fructifier les découvertes d’huile et de gaz, qu’elle noue des partenariats avec des investisseurs étrangers pour renflouer les caisses du Trésor public, en plus de s’astreindre à garantir la ressource énergétique nécessaireà la consommation locale, dont la progression risque, à la longue, de compromettre les exportations. Le groupe Sonatrach est ainsi soumis à une obligation de résultat.

L’Exécutif, qui n’arrive pas à mettre en place les jalons d’une diversification économique, omet par ailleurs de considérer le secteur énergétique dans sa globalité, soit dans le cadre d’un large programme de transition qui permettrait de développer le secteur du solaire photovoltaïque, par exemple, et de puiser dans les gains que constitue la maîtrise de l’énergie. Malgré le discours, l’échec du programme dédié aux énergies renouvelables est un échec retentissant.

En prenant officiellement ses fonctions, le nouveau PDG de Sonatrach s’est efforcé, à travers son discours, de coller aux objectifs impartis. Il a ainsi estimé que la grande et sensible responsabilité qui incombe à Sonatrach «repose principalement sur le renouvellement de nos réserves, en pétrole et en gaz naturel, en diminution d’année en année depuis plus de dix ans».

Les efforts doivent être focalisés, a-t-il indiqué, «sur la recherche et l’exploration ainsi que sur la réévaluation des réserves avérées de la compagnie en vue de compenser les volumes consommés jusque-là, et augmenter ces réserves pour garantir la sécurité énergétique de notre pays à long terme». Et d’ajouter que «les efforts seront axés, également, sur l’exploitation optimale de nos capacités de production actuelles en vue de répondre à la demande nationale croissante et préserver nos marchés internationaux traditionnels, notamment pour le gaz naturel».

M. Chikhi a assuré que «ces efforts seront soutenus par des actions continues visant à réduire les coûts de production et d’exploitation, élevés actuellement et à contre-courant des normes internationales en la matière».

A propos de la loi sur les hydrocarbures, M. Chikhi s’est voulu également rassurant, estimant que «les défis actuels et les enjeux futurs auxquels fait face le secteur des hydrocarbures en Algérie ne relèvent ni de l’impossible ni du rédhibitoire, pour peu que les efforts des cadres et des travailleurs versent dans un seul et unique but, à savoir l’intérêt de la compagnie et du pays».(el watan)



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